De l’intériorité citoyenne


Quelques éléments pour nourrir la réflexion

« Plus nous croyons que la raison nous guide, plus nous devrions être inquiets du caractère déraisonnable de cette raison. »
Edgar Morin

« On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré. »
Albert Einstein


 

Quand la conscience s’éveille…

Anthony de Mello, s’attache dans un premier temps à décortiquer le conditionnement duquel nous sommes prisonniers et à nous en faire prendre conscience. Il aborde des thèmes tels que la peur, les étiquettes que nous collons aux autres et à nous-même, le désir et bien d’autres thèmes.
Bref, il nous montre le monde tel que nous le voyons . Mais il ne se contente pas de nous montrer, il nous donne également des moyens de nous débarrasser de ces illusions, tels que la compréhension, l’écoute, le détachement.

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L’intériorité citoyenne…

Dans cette conférence Ted X, Thomas d’Ansembourg, nous présente une manière d’envisager les relations avec ceux qui nous entoure et nous même, qui mérite d’y prêter une attention toute particulière.

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La liberté d’imaginer pour imaginer la liberté…
Pierre-Paul Delvaux pour Initiative et Formation Belgique est un Association Sans But Lucratif dont le but est de promouvoir la gestion mentale et toutes les démarches pédagogiques qui lui sont proches.

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De la complexité
Telle qu’elle est enseignée aujourd’hui, la connaissance perçoit mal la complexité : soit elle sépare les données, soit elle n’y voit que confusion. A cette connaissance compartimentée, réductrice, Edgar Morin oppose une connaissance de la reliance, une connaissance complexe, qui abat les barrières traditionnelles entre les disciplines et permet de combler un « trou noir » dans nos systèmes éducatifs. Lire la suite…

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François-Xavier Verschave économiste et historien expose lors d’une conférence sur la dette africaine, une théorie de l’historien Fernand Braudel qui explique comment est né le déséquilibre économique, politique dans nos sociétés (6mn).
Intégralité de la vidéo ici.

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Qu’est-ce qui rend les gens mauvais ? Philip Zimbardo, psychologue américain connu pour son expérience de Stanford (en 1971) sur le milieu carcéral, à soulevé de nombreux débats sur les origines du « mal », tout comme l’expérience de Milgram (de 1960 à 1963) dans laquelle des gens ordinaires administraient, sous l’ordre d’un professeur, ce qui leur était présenté comme des chocs électriques dangereux à un complice des expérimentateurs. Lien vers la vidéo.

Retranscription de la vidéo...

“Philosophes, dramaturges, théologiens ont débattu de cette question pendant des siècles : Qu’est-ce qui rend les gens mauvais ? J’ai posé cette question quand j’étais un petit garçon. Quand je grandissais dans le ghetto déshérité du Bronx Sud à New-York, j’étais entouré par le mal, comme tous les enfants qui grandissent dans une zone difficile. Et j’avais des amis qui étaient vraiment des enfants gentils, mais qui vivaient la vie de Dr. Jekyll et Mr. Hyde, de Robert Louis Stevenson. C’est-à-dire qu’ils se droguaient, avaient des ennuis, allaient en prison. Certains se sont fait tuer, et certains ont fait tout cela sans même l’influence de la drogue.

Donc quand j’ai lu Robert Louis Stevenson, ce n’était pas de la fiction. La seule question, c’est : qu’est-ce qu’il y avait dans la potion ? Et plus important, cette ligne entre le bien et le mal — dont les gens privilégiés aiment à penser qu’elle est fixe et étanche, avec eux du bon côté, et les autres du mauvais côté — je savais que cette ligne était mobile, et qu’elle était perméable. Des gens biens pouvaient être incités à traverser cette ligne, et dans certaines rares circonstances favorables, de jeunes voyous pouvaient en revenir avec de l’aide, un travail sur soi et de la rééducation.

Et donc je vais commencer avec cette merveilleuse illusion par l’artiste hollandais M.C. Escher. Si vous la regardez, et que vous vous concentrez sur les parties blanches, ce que vous voyez, c’est un monde plein d’anges. Mais si nous regardons de plus près, ce qui apparaît ce sont les démons, les diables dans le monde. Et ceci nous dit plusieurs choses.

Un : le monde est, a toujours été et sera toujours fait du bien et du mal, parce que le bien et le mal sont le Yin et le Yang de la condition humaine. Mais cela me dit également autre chose. Si vous vous souvenez bien, l’ange préféré de Dieu était Lucifer. Apparemment, Lucifer signifie « la lumière ». Cela veut aussi dire « l’étoile du matin », dans certains textes. Et apparemment, il a désobéi à Dieu, et c’est la plus grande désobéissance possible à l’autorité. Et lorsque c’est arrivé, l’Archange Michel a été envoyé pour le bannir du paradis avec les autres anges déchus. Et donc Lucifer descend en enfer, devient Satan, devient le diable, et les forces du mal dans l’univers émergent.

Paradoxalement, c’est donc Dieu qui créa l’enfer, en tant qu’endroit où contenir le mal. Il n’a pas fait un très bon travail d’isolation, cependant. Donc, cette histoire de la transformation cosmique de l’ange préféré de Dieu, en Diable, à mes yeux, nous donne le contexte nécessaire à la compréhension des êtres humains qui sont transformés, de gens bons et ordinaires en auteurs de crimes.

Et donc cet Effet Lucifer, bien qu’il se concentre sur les négatifs (les négatifs que peuvent devenir les gens, pas les négatifs que sont les gens) me mène à une définition psychologique : le mal, c’est l’exercice du pouvoir. Et là est la clé : il s’agit du pouvoir. De faire intentionnellement du mal aux gens, psychologiquement, physiquement, de détruire mortellement des gens, ou des idées, et de commettre des crimes contre l’humanité. Si vous faites une recherche Google du mot « evil », un mot qui devrait sûrement être en retrait de nos jours vous obtenez 136 millions de réponses en un tiers de seconde.

Il y a quelques années — Je suis certain que vous avez tous été choqués, comme moi, par la révélation que des soldats américains maltraitaient des prisonniers dans un endroit éloigné au milieu d’une guerre controversée : Abu Ghraib en Irak. Il s’agissait d’hommes et de femmes qui procédaient à d’incroyables humiliations sur les prisonniers. J’étais choqué, mais pas surpris, parce que j’avais vu ces même parallèles visuels quand j’étais le directeur de prison dans l’étude sur la prison de Stanford.

Immédiatement, qu’a dit l’administration militaire du gouvernement Bush ? Ce que toutes les administrations disent quand il y a un scandale. « Ce n’est pas notre faute. Ce n’est pas celle du système. C’est celle de quelques brebis galeuses, de quelques mauvais soldats. » Mon hypothèse est que les soldats américains sont bons, en temps normal. Peut-être que c’était le pré qui était mauvais. Mais comment je vais…. comment puis-je développer une telle hypothèse ?

Je suis devenu un expert témoin pour l’un des gardes, le sergent Chip Frederick, et dans cette fonction, j’ai eu accès à la dizaine de rapports d’enquêtes, J’a eu accès à lui, j’ai pu l’étudier. le faire venir chez moi, apprendre à le connaitre, faire des analyses psychologiques pour voir s’il était une bonne brebis ou une brebis galeuse. Et enfin, j’ai eu accès à l’intégralité des 1000 photos que ces soldats ont prises. Ces images sont d’une nature violente ou sexuelle. Elles proviennent toutes des appareils de soldats américains parce que tout le monde a un appareil photo, numérique ou sur son téléphone. Ils ont tout photographié. Plus de 1000 photos.

Ce que j’ai fait, c’est que je les ai organisées en différentes catégories. Mais celles-ci sont prises par la police militaire des Etats-Unis, des réservistes de l’armée. Ces soldats ne sont absolument pas préparés pour ce type de mission. Et tout s’est déroulé en un seul endroit, au Niveau 1A, pendant la rotation de nuit. Pourquoi? Le Niveau 1A était le centre de renseignement militaire. C’était le centre d’interrogation. La CIA y était, les interrogateurs de Titan Corporation, ils sont tous là, et ils n’obtiennent aucune information concernant l’insurrection. Alors ils mettent la pression sur ces soldats, la police militaire, pour qu’ils franchissent la ligne, ils leur donnent la permission de briser la volonté de l’ennemi, de les préparer pour les interrogatoires, de les rendre plus malléables, d’enlever les gants. Voilà les euphémismes, et voici comment ils ont été interprétés. Descendons dans ce cachot.

*diffusion des images d’Abu Ghraïb*

Assez horrible. C’est l’une des illustrations visuelles du mal. Et vous avez surement compris que la raison pour laquelle j’ai surimposé l’image du prisonnier avec ses bras écartés et l’ode à l’humanité de Léonard de Vinci, c’est que le prisonnier était un malade mental. Ce prisonnier se couvrait de merde chaque jour, et ils étaient obligés de le rouler dans la poussière pour qu’il ne pue pas. Mais les gardiens ont fini par le surnommer Petit Merdeux. Pourquoi était-il dans cette prison plutôt que dans un asile?

Quoiqu’il en soit, voici l’ancien ministre de la Défense, M. Rumsfeld. Il arrive et dit : « Je veux savoir qui est responsable ? Qui sont les brebis galeuses ? » Mais c’est une mauvaise question. Il faut la recadrer et demander « Qu’est-ce qui est responsable ? » Parce que ce « Qu’est-ce que » pourrait être le « qui » des gens mais pourrait aussi être le « quoi » de la situation et manifestement sa question va dans le mauvais sens.

Alors comment les psychologues font-ils pour comprendre de telles transformations de la personnalité humaine, si vous croyez fermement qu’ils étaient de bons soldats avant d’être envoyés dans ce cachot ? Il y a trois méthodes. La principale est appelée pré-disposition. Nous obervons ce qui est à l’intérieur de la personne, les brebis galeuses.

C’est la base de toutes les sciences sociales, la base de la religion, la base de la guerre. Les psychologues sociaux comme moi débarquent et disent « D’accord, les gens sont les acteurs sur la scène, mais il faut être conscient du contexte de la situation. Quel est l’ensemble des personnages ? Quels sont les costumes ? Y a-t-il un metteur en scène ? » Et donc nous nous intéressons aux facteurs externes autour de l’individu : le mauvais pré ? Et les sociologues s’arrêtent là, et ne voient pas le point crucial que j’ai découvert quand je suis devenu expert témoin pour Abu Ghraib. Le pouvoir est dans le système. Le système crée la situation qui corrompt les individus, et le système, c’est l’arrière-plan légal, politique, économique et culturel. Et c’est là qu’est le pouvoir des créateurs de mauvais prés.

Donc si vous voulez changer une personne, il vous faut changer la situation. Si vous voulez changer la situation, il vous faut savoir où réside le pouvoir dans le système. Et donc l’Effet Lucifer implique la compréhension des modifications de la personalité humaine avec ces trois facteurs. Et ce sont des interactions dynamiques. Qu’est-ce que les gens apportent à la situation ? Qu’est que la situation fait ressortir d’eux? Et quel est le système qui crée et maintient cette situation ?

Et donc le sujet de mon livre, l’Effet Lucifer, publié récemment, c’est de comprendre comment des gens biens deviennent mauvais ? Il contient beaucoup de détails concernant ce dont je vais vous parler aujourd’hui. Donc « L’Effet Lucifer » du Dr. Z, bien qu’il se concentre sur le mal, est en fait une célébration de la capacité infinie de l’esprit humain de rendre n’importe lequel d’entre nous compatissant ou cruel, attentionné ou indifférent, créatif ou destructif, et il transforme certains d’entre nous en criminels. Mais la bonne nouvelle, que j’espère je pourrai évoquer a la fin, c’est qu’il fait de certains d’entre nous des héros. Ceci est un merveilleux dessin du New Yorker, qui résume vraiment toute ma présentation : « Je ne suis ni un bon, ni un mauvais flic, Jérôme. Comme toi, je suis un amalgame complexe de traits de personnalité positifs et négatifs qui émergent, ou non, suivant les circonstances. » (Rires)

Il y a une étude que certains d’entre vous croient connaître mais très peu de gens ont lu l’histoire. Vous avez vu le film. Voici Stanley Milgram, un gamin juif du Bronx, et il a posé la question « Est-ce que l’holocauste pourrait se produire ici, maintenant? » Les gens disent « Non, ça c’est l’Allemagne Nazie, c’est Hitler, c’est 1939. » Il a répondu « Oui, mais supposez que Hitler vous demande « Pourriez-vous électrocuter un étranger ? » « Non, pas moi, je suis quelqu’un de bien. » Et il a dit « Pourquoi ne pas vous placer dans une situation particulière et vous permettre de voir ce que vous feriez ? »

Et donc ce qu’il a fait, c’est qu’il a testé 1000 personnes ordinaires, 500 de New Haven dans le Connecticut, 500 de Bridgeport. L’annonce disait : « Des psychologues veulent comprendre la mémoire, nous voulons améliorer la mémoire des gens, parce que la mémoire est la clé du succès. » D’accord? « Nous allons vous payer cinq dollars — quatre dollars, pour le temps passé. » Et elle disait « Nous ne voulons pas d’étudiants, nous voulons des hommes entre 20 et 50 ans » — dans une enquête ultérieure ils ont étudié les femmes — des gens ordinaires : coiffeurs, vendeurs, employés de bureau.

Donc vous y allez et l’un d’entre vous va être l’étudiant et l’autre sera l’enseignant. L’étudiant est un type sympathique, d’âge moyen. Il est attaché à l’électro-choc dans une autre pièce. L’étudiant peut être d’âge moyen, peut n’avoir que vingt ans. Et des instructions vous sont données par une autorité, l’homme en blouse blanche. « Votre travail d’enseignant est de donner à cet homme des choses à apprendre. S’il répond juste, récompensez-le. S’il se trompe, vous pressez un bouton sur la boite à électro-choc. Le premier bouton est 15 volts. Il ne le sent même pas. » Et c’est cela la clé. Toutes les horreurs commencent avec 15 volts. Et l’étape suivante c’est 15 volts de plus. Le problème c’est que, à l’autre bout, c’est 450 volts. Et à mesure que vous progressez, l’homme hurle, « J’ai des problèmes de coeur ! J’abandonne ! »

Vous êtes quelqu’un de bien. Vous vous plaignez. « Monsieur, qui sera responsable si quelque chose lui arrive ? » Et l’expérimentateur répond « Ne vous inquiétez pas, c’est ma responsabilité. Continuez d’enseigner. » Et la question est : qui va aller jusqu’à 450 volts? Remarquez que ici, quand on monte à 375, il est écrit : « Danger: Décharge importante. » Et quand on en arrive là, il y a « XXX » : la pornographie du pouvoir. (Rires)

Milgram a demandé à 40 psychiatres, « Quel pourcentage de citoyens américains iront jusqu’au bout ? » Ils ont répondu 1%. Parce que c’est un comportement sadique, et nous savons, la psychiatrie sait, que seulement 1% des Américains sont sadiques. Voilà les résultats. Ils étaient très loin du compte. Les deux-tiers sont allés jusqu’à 450 volts. Ce n’était qu’une seule étude. Milgram en a fait plus de 16 et regardez: dans la seizième étude, où vous voyez quelqu’un dans la même situation aller jusqu’au bout, 90% vont jusqu’au bout. Dans la cinquième étude, si vous voyez des gens se rebeller, 90% se rebellent. Et les femmes ? Etude 13 : pas de différence avec les hommes. Milgram quantifie le mal comme le consentement des gens à obéir aveuglément à l’autorité, à aller jusqu’au bout, à 450 volts. C’est comme un cadran sur la nature humaine. un cadran dans la mesure où vous pouvez rendre presque tous le monde totalement obéissant ou bien la majorité, ou bien personne.

Alors quels sont les parallèles extérieurs ? Toute recherche est après tout artificielle. Quelle est la validité dans le monde réel ? 912 citoyens américains se sont suicidés ou ont été tués par des amis ou des membres de leur famille dans la jungle du Guyana en 1978, parce qu’ils obéissaient aveuglément à cet homme, leur pasteur. Pas leur prêtre. Leur pasteur, le révérend Jim Jones. Il les a persuadés de commettre un suicide de masse et il est la représentation moderne de l’Effet Lucifer. Un homme de Dieu qui devient l’Ange de la Mort. L’étude de Milgram concerne l’autorité d’un individu pour contrôler les gens. Cependant la plupart du temps nous sommes dans des institutions et donc l’étude sur la prison de Stanford est une étude du pouvoir des institutions à influencer les comportements individuels. Et, c’est intéressant, Stanley Milgram et moi étions dans la même classe au lycée à James Monroe dans le Bronx en 1954.

Donc cette étude, que j’ai faite avec mes étudiants, en particulier Craig Haney, commençait aussi avec une annonce. Nous n’avions pas d’argent, alors nous avions une toute petite annonce bon marché, mais nous voulions des étudiants en université pour une étude sur la vie en prison. Nous avons eu 75 volontaires, qui ont passé des tests de personnalité. Nous avons fait des entretiens et en avons choisi deux douzaines : les plus normaux, les plus sains. Un rôle leur a été attribué au hasard, prisonnier ou gardien. Donc, le premier jour, nous savions que nous avions de bonne brebis. Je vais les mettre dans une mauvaise situation.

Deuxièmement, nous savons qu’il n’y a pas de différence entre les jeunes qui vont être les gardiens et ceux qui vont être les prisonniers. Aux gamins qui allaient être les prisonniers, nous avons dit : « Attendez chez vous dans les dortoirs. L’étude commence dimanche. » Nous ne leur avons pas dit que la police municipale viendrait les arrêter de manière réaliste. (Homme dans la vidéo: une voiture de police s’arrête devant, un flic vient à la porte et frappe et dit qu’il me cherche. Et là, immédiatement, ils m’embarquent, me mettent les mains contre la voiture. C’était une vraie voiture de flics, c’était un vrai policier, et il y avait mes vrais voisins dans la rue qui ne savaient pas que c’était une expérience. Et il y avait ces caméras tout autour et les voisins tout autour. Ils m’ont mis dans la voiture, et ensuite ils ont conduit dans Palo Alto. Il’s m’ont emmené au poste de police, dans la cave du poste de police. Et ils m’ont enfermé en cellule. J’étais le premier à être arrêté, donc ils m’ont mis en cellule, qui était exactement comme une chambre avec une porte à barreaux. Ce n’était clairement pas une vraie cellule. Ils m’ont enfermé là-dedans, avec cet uniforme dégradant. Ils prenaient cette expérience trop au sérieux. »

Voici les prisonniers qui vont être déshumanisés. Ils vont devenir des numéros. Voici les gardes avec les symboles de pouvoir et d’anonymat. Les gardiens obligent les prisonniers à nettoyer les cuvettes des toilettes à mains nues, et à effectuer d’autre travaux humiliants. Ils les mettent nus. Ils les provoquent sexuellement. Ils commencent à pratiquer des activités dégradantes, comme leur faire simuler la sodomie. Vous avez vu une simulation de fellation avec les soldats d’Abu Ghraib. Mes gardiens en sont arrivés là en cinq jours. La réaction de stress était tellement extrême, que des enfants normaux, que nous avions choisis parce qu’ils étaient en bonne santé ont fait des dépressions en l’espace de 36 heures. L’étude s’est terminée après six jours parce qu’elle était devenue incontrôlable. Cinq jeunes ont fait des dépressions.

Est-ce que cela fait une différence si les guerriers partent en guerre en changeant leur apparence, ou pas ? Est-ce que cela fait une différence s’ils sont anonymes dans la manière dont ils traitent leurs victimes ? Nous savons que dans certaines cultures, ils partent en guerre sans changer leur apparence. Dans d’autres cultures, ils se peignent le corps comme dans « Sa Majesté des Mouches » Dans d’autres, ils portent des masques. Dans beaucoup, les soldats sont anonymes en uniformes. Donc cet anthropologue, John Watson, a étudié 23 cultures qui avaient 2 types de données. Changent-elles leur apparence ? 15. Est-ce qu’elles tuent, torturent, mutilent ? 13. Si elles ne changent pas leur apparence seulement une sur huit tue, torture ou mutile. La clé est dans la zone rouge. Si elles changent leur apparence, 12 sur 13 (soit 90 pourcent) tuent, torturent, mutilent. Et c’est là le pouvoir de l’anonymat.

Quels sont dont les sept processus sociaux qui huilent la pente glissante vers le mal? Faire le premier petit pas sans réfléchir. Déshumaniser les autres. Se désindividualiser soi-même. Le partage de la responsabilité personnelle. L’obéissance aveugle à l’autorité. Conformité sans réserves aux normes de groupe. Tolérance passive au mal, à travers l’inaction ou l’indifférence.

Et tout cela se produit lorsque vous êtes dans une situation nouvelle ou peu familière. Vos schémas de réponse habituels ne fonctionnent pas. Votre personnalité et moralité ne sont pas engagées. « Rien n’est plus facile que de dénoncer celui qui fait le mal ; rien n’est plus difficile que de le comprendre, » nous dit Dostoïevski. Comprendre n’est pas excuser. La psychologie n’est pas l’excus-ologie.

Et donc les recherches sociologiques et psychologiques révèlent comment des gens ordinaires peuvent être transformés sans drogues. Vous n’en avez pas besoin. Vous avez seulement besoin des processus socio-psychologiques. Des exemples dans le monde réel ? Comparez avec ceci. James Schlesinger (et je vais devoir conclure là-dessus) dit : « Les psychologues ont tenté de comprendre comment et pourquoi les individus et groupes qui normalement se comportent de manière humaine peuvent parfois se comporter différemment dans certaines circonstances. » C’est l’Effet Lucifer. Et il continue en disant « L’étude décisive de Stanford nous fournit un conte moral pour toutes les opérations militaires. » Si vous donnez aux gens du pouvoir sans surveillance, c’est une ordonnance pour les abus. Ils le savaient et ont laissé faire.

Un autre rapport, un rapport d’enquête du général Fay, dit que le système est coupable et dans son rapport il dit que c’est l’environnement qui a créé Abu Ghraib du fait de manquements de commandement qui ont contribué à l’avènement de ce type d’abus, et le fait qu’ils soient restés inconnus des autorités supérieures pendant si longtemps. Ces abus se sont produits pendant trois mois. Qui gardait le magasin ? La response est personne et, je pense, de manière voulue. Ils ont donné aux gardiens la permission de faire ces choses, et ils savaient que personne ne descendrait jamais dans ce cachot.

Il faut donc un changement de paradigme dans tous ces domaines. Ce changement doit se produire en dehors du modèle médical qui se concentre uniquement sur l’individu. Ce changement doit aller vers un modèle de santé publique qui reconnait les vecteurs situationnels et systémiques de la maladie. L’intimidation est une maladie. Le préjugé est une maladie. La violence est une maladie. Et depuis l’Inquisition, nous avons géré ces problèmes au niveau des individus. Et vous savez quoi ? Cela ne fonctionne pas. Alexandre Soljenitsyne dit que la ligne entre le bien et le mal passe au travers du coeur de chaque être humain. Cela signifie que la ligne n’est pas quelque part là-bas. C’est une décision que vous devez prendre. C’est quelque chose de personnel.

Mais je voudrais terminer très rapidement sur une note positive : l’héroïsme en tant qu’antidote au mal. En promouvant l’imagination héroïque, particulièrement chez nos enfants, dans notre système d’éducation. Nous voulons que nos enfants pensent « Je suis le héros en devenir, attendant la bonne situation pour apparaître, et j’agirai de manière héroïque ». Toute ma vie va maintenant se détourner du mal dans lequel j’ai évolué depuis mon enfance, vers la compréhension des héros.

Et leur idée de l’héroïsme maintenant, ce sont des gens ordinaires qui font des choses héroïques. C’est le contrepoint de la banalité du mal de Hannah Arendt. Les héros de notre société traditionnelle sont faux, parce qu’ils sont les exceptions. Ils organisent toute leur vie autour de cela. C’est pour cela que nous connaissons leurs noms. Et les héros de nos enfants sont aussi leurs modèles parce qu’ils ont des talents supernaturels. Nous voulons que nos enfants réalisent que la plupart des héros sont des gens comme vous et moi, et que l’acte héroïque est inhabituel. Voici Joe Darby. C’est lui qui a stoppé ces abus que vous avez vu, parce que lorsqu’il a vu ces images, il les a données à un officier supérieur qui enquêtait. C’était un simple soldat du rang et cela a tout arrêté. Etait-il un héros ? Non. Ils ont dû le mettre sous protection, parce que des gens voulaient le tuer, avec sa mère et sa femme. Ils ont dû rester cachés pendant trois ans.

Voici la femme qui a stoppé l’étude sur la prison de Stanford. Quand j’ai dit que c’était devenu hors de contrôle, j’étais le directeur de la prison. Je ne savais pas qu’elle n’était plus sous contrôle. J’étais totalement indifférent. Elle est venue, a vu cet asile de fous et m’a dit : « Vous savez, ce que vous faites à ces garçons est terrible. Ce ne sont pas des prisonniers, ce ne sont pas des gardiens, ce sont des garçons, et vous êtes responsable. » Et j’ai arrêté l’étude le jour suivant. La bonne nouvelle c’est que je l’ai épousée l’année suivante. (Rires) (Applaudissements) J’ai repris mes esprits, manifestement.

Donc certaines situations ont le pouvoir de faire, à travers — mais l’important, c’est que c’est la même situation qui peut enflammer une imagination agressive chez certains d’entre nous, qui nous fait commettre des crimes, qui peut aussi inspirer l’imagination héroïque chez d’autres. C’est la même situation. Et vous êtes soit d’un côté, soit de l’autre. La plupart des gens sont coupables du crime d’inaction, parce que votre mère vous a dit : « Ne t’en mêle pas, occupe-toi de tes affaires. » Et vous devez dire : « Maman, l’humanité est mon affaire. »

Donc la psychologie de l’héroïsme c’est — nous allons finir dans un moment — comment encourager nos enfants, dans des cours de héros, sur lesquels je travaille avec Matt Langdon (il a un atelier d’héroïsme), à développer cette imagination héroïque, cette étiquette auto-apposée « Je suis un héros en attente » et leur enseigner des compétences. Pour être un héros, vous devez apprendre à être différent, parce que vous allez toujours à l’encontre de la conformité du groupe. Les héros sont des gens ordinaires dont les actions sociales sont extraordinaires. Qui agissent.

La clé de l’héroïsme, ce sont deux choses: A : Il faut agir quand tous les autres sont passifs. B : Il faut agir de manière socio-centrique, pas égocentrique. Et je veux terminer avec cette histoire que certains d’entre vous connaissent, à propos de Wesley Autrey, héros du métro new-yorkais. Un noir américain de 50 ans, employé du bâtiment. Il est là debout sur le quai du métro à New York ; un homme blanc tombe sur les rails. Le métro arrive. Il y a 75 personnes présentes. Vous savez quoi ? Ils sont tous cloués au sol. Il a une bonne raison de ne pas intervenir. Il est noir, cet homme est blanc, et il a deux petits enfants avec lui. Au lieu de cela, il confie ses enfants à un inconnu, saute sur les rails, place l’homme entre les rails, se couche sur lui, le métro passe par-dessus. Wesley et l’homme : 52 centimètres de hauteur. La hauteur sous le train est de 53 centimètres et demi. Un centimètre et demi de plus et il aurait été décapité. Et il a dit: « J’ai fait ce que n’importe qui aurait pu faire » ce n’est pas bien difficile de sauter sur les rails.

L’impératif moral c’est « J’ai fait ce que tout le monde devrait faire. » Et ainsi un jour, vous serez dans une situation nouvelle. Prenez un chemin, vous commettrez le mal. Le mal, c’est-à-dire que vous serez Arthur Anderson. Vous tricherez, ou vous autoriserez l’intimidation. Second chemin : vous devenez coupable de commettre le mal par inaction passive. Troisième voie : vous devenez un héros. La question c’est, sommes-nous prêts à prendre le chemin qui célèbre les héros ordinaires, qui attendent que la bonne situation se présente, pour mettre en action leur imagination héroïque ? Parce qu’il se pourrait que cela n’arrive qu’une fois dans votre vie, et quand vous l’aurez laissé passer, vous vous souviendrez toujours que vous auriez pu être un héros, et que vous n’avez rien fait. Le but est d’y penser, et puis de le faire.

Je veux vous remercier. Merci. Merci. Opposons-nous au pouvoir des systèmes immoraux chez nous et à l’étranger, et concentrons-nous sur le positif. Défendez le respect de la dignité personnelle, la justice et la paix, ce que malheureusement notre gouvernement n’a pas fait. Merci beaucoup.”

 


 

Bernard Stiegler, Philosophe.

Une nouvelle figure de l’amateur, version intégrale de l’entretien « partage de connaissances et éducation populaire à l’heure du numérique ». Depuis l’invention des ordinateurs et d’Internet, la société humaine à connu une modification profonde de son fonctionnement, autant dans l’organisation globale de celle-ci, que dans les rapports entre êtres humains. Ces changements significatifs nous procurent à la fois plus de confort, et facilitent certaines tâches, l’accession au savoir et bien d’autres choses. En contrepartie, le numérique a aussi bouleversé la structure sociale humaine au point parfois de nous faire perdre nos repères ou de modifier en profondeur notre manière d’interagir entre nous.

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All you need is love.  Un point de vue…

Conférence d’Helen Fisher, anthropologiste américaine, qui nous explique l’évolution de l’amour à travers l’histoire, ses caractéristiques biochimiques ainsi que son importance sociale.

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Un autre…

 


 

Un petit livre blanc sur l’engagement dans l’Entreprise. Pour faire écho à notre Médiaparks N°11 sur l’Engagement.

Depuis l’avènement des médias sociaux et donc la possibilité pour les consommateurs de jouer un rôle dans la vie des marques, l’engagement est devenu un fantasme pour la plupart des services marketing. Campagnes et mécaniques engageantes sont aujourd’hui le pain quotidien de bon nombre d’agences, devenues expertes dans la collecte de like ou de share…

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Solange te parle, quand je pense à tout ce qui m’empêche de réfléchir. Site Web ici.

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L’homme formaté, anti-manuel de manipulation mentale.

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