ENSAI


Dans notre société pour laquelle les chiffres ont souvent valeur de preuve irréfutable, il devient essentiel de mener en classe, dans le cadre de l’Enseignement Moral et Civique, une analyse sur la façon dont sont produites les statistiques.

A leur sujet, l’humoriste Abe Burrows signalait que « La raison d’être des statistiques, c’est de vous donner raison ». Malgré l’idée qu’elles seraient manipulables, elles semblent pourtant une donnée incontournée plus qu’incontournable pour mesurer la température d’une démocratie, à plus forte raison à l’âge du numérique, puisqu’elles sont la reconnaissance des tendances que suit l’opinion publique à la commande des gouvernements, des médias, du monde de l’entreprise. En effet, l’opinion se partage, se dévoile, se placarde, se critique, se confronte dans la presse mais se traduit en questions dont les réponses imposeront la « loi du nombre ». Faire prendre conscience de ce phénomène aux élèves, dès le collège est un authentique projet citoyen et un impératif pédagogique pour développer leur intelligence d’adulte.  Les élèves enquêteurs apprendrons à développer des sondages, à organiser des processus de questionnement, à hiérarchiser les démarches d’investigation pour interroger leurs confrères du collège ou la société civile sur ses positions, ses avis, ses fonctionnements. Le partenariat avec l’ENSAI, école de statisticiens de Kerlann est un atout formidable pour mener des projets rigoureux. Dans le cadre d’un cours optionnel, un groupe d’étudiants de l’Ecole Nationale de la Statistique et de l’Analyse de l’Information (ENSAI – Campus Ker Lann) a accompagné une classe de 3e dans la réalisation d’un sondage sur les violences ordinaires.
Pour permettre à des élèves de réaliser à leur tour, leur propre sondage, ces étudiants ont réalisé ce site internet, avec la participation d’informaticiens du collège.
L’objectif est d’expliquer les différentes étapes de l’élaboration d’une enquête statistique d’opinion.

 


1. Qu’est-ce qu’un sondage

Un sondage est une enquête statistique dont le but est de connaître, à un moment donnée, la manière dont se répartissent les opinions de chaque individu à propos d’une question donnée.

Le but est ici de questionner un nombre réduit de personnes – appelé échantillon – sur un sujet précis, puis de généraliser les résultats afin d’en déduire l’opinion de toute la population.
Par exemple, lors de l’enquête encadrée par les étudiants de l’Ensai, il s’agissait de connaître l’opinion des collégiens de Rosa Parks sur les violences ordinaires (comme la violence psychologique ou les violences faites envers les animaux).

2. Comment choisir l’échantillon

L’idéal lorsqu’on réalise un sondage est d’interroger l’ensemble de la population qui nous intéresse. Mais il est très souvent impossible de le faire, c’est pourquoi on interroge seulement une partie de cette population, c’est ce qu’on appelle l’échantillon.

Bien sûr, cet échantillon ne doit pas être choisi n’importe comment. On dit que les personnes interrogées doivent être « représentatives » de l’ensemble de la population.

Pour avoir un bon échantillon

Bien définir la population ciblée :

  • Savoir si tous les individus de cette population peuvent être interrogés
    Si oui : soit tous les individus répondent au questionnaire, soit on tire un échantillon en faisant attention de bien garder les mêmes proportions de personnes.

Si non : on réduit la population d’intérêt et se re-posant les questions ci-dessus !
Si l’échantillon est mal choisi, les réponses qui seront récoltées ne seront pas généralisables à toute la population. On parle alors de « biais de sélection ».
Le choix des personnes interrogées est donc une étape compliquée mais essentielle lorsqu’on réalise une enquête.

« Mhh … Dans les mêmes proportions ? Qu’est-ce que cela signifie ? »

L’échantillon doit contenir : non pas le même nombre de personne pour chaque caractéristique (âge, sexe, lieu de vie, lieu de travail) mais le même rapport c’est-à-dire la même fraction :

Nombre total de personne dans l’échantillon/Nombre de personne ayant la caractéristique X

C’est-à-dire les mêmes proportions que dans l’ensemble de la population qui nous intéresse !

Par exemple :

  • Si dans la population d’intérêt 45%(=0.45) des gens sont des hommes (par exemple 90 hommes parmi 200 personnes ), il faudra que 45%(=0.45) des personnes de l’échantillon soient des hommes ( par exemple 45 hommes parmi 100 ).
  • Si dans la population d’intérêt 25% des gens ont entre 10 et 20 ans (par exemple :) , il faudra retrouver la même proportion dans l’échantillon (par exemple , même si cette fraction n’est pas exactement égale à , on ne peut pas couper une personne en 2 pour en prendre 12.5, ce rapport est donc convenable).

Pour reprendre l’exemple de l’enquête sur les violences ordinaires, le choix de l’échantillon a constitué un problème de taille : les étudiants souhaitaient réaliser l’enquête sur l’ensemble des collégiens et lycéens de Rennes. L’échantillon aurait alors été construit en tirant au hasard 20 élèves dans chaque établissement de la ville. Pour des raisons techniques, les étudiants se sont vu repenser l’échantillon étudié.

Il a donc fallu réduire la population considérée aux élèves du collège de Rosa Parks. En effet, l’ensemble des collégiens a pu ainsi être interrogé.

3. Comment construire un questionnaire

a. Rédaction des questions

Une fois la population choisie, il reste à élaborer les questions qui seront posées.

Lorsque l’on rédige ces questions, plusieurs règles doivent être respectées.
Tout d’abord, il ne faut pas influencer la population interrogée dans le choix de ses réponses, ou avoir un ton moralisateur. Il faut également éviter les questions à réponse évidente. Par exemple : « En général nous insultons les personnes avant même de les connaître. Trouvez-vous cela normal ? Oui / Non ».

De manière générale, il faut éviter les phrases introductives qui amènent à une réponse évidente.

Ensuite, il faut éviter les questions dites « ouvertes». Ce sont des questions où la personne interrogée est libre de répondre ce qu’elle souhaite.

On aura donc recours à des questions dites « fermées » : c’est à dire des questions avec une réponse à cocher parmi quelques propositions.

On pourra également utiliser des questions dites « à choix multiples » : des questions où la personne peut cocher plusieurs cases parmi quelques propositions.

Exemples de questions fermées :

« Avez-vous déjà été victime de violences physiques ? Oui / Non »

« En quelle classe êtes-vous ? 6ème / 5ème / 4ème / 3ème »

La personne interrogée ne peut choisir qu’une réponse.

Exemple de questions à choix multiples :

« A quelle(s) situation(s) avez-vous été confronté ?

Vous avez reçu des menaces

Vous avez subi du chantage ou du racket

Vous avez été agressé(e) (insultes, gestes brusques

. . .

Autre, précisez »

La personne interrogée peut choisir plusieurs réponses.
Notez la réponse « Autre, précisez » qui peut être également présente dans des questions fermées, et qui permet à la personne interrogée d’ajouter une idée si elle n’est pas satisfaite des choix qui lui sont proposés.

Enfin, il est important que le questionnaire soit rapide à compléter. Il faut donc limiter le nombre de questions et faire des questions courtes.

Concernant le début du questionnaire, il est important de rappeler que l’enquête est anonyme et d’annoncer le temps estimé pour y répondre.

Il peut être intéressant de commencer par une première question pour savoir si la personne connaît le sujet de l’enquête (exemple : savez-vous ce qu’est une violence ordinaire ? Oui / Non »).

Il est possible de présenter brièvement le sujet à l’aide d’une définition, ou d’un texte introductif (par exemple : une définition de la violence ordinaire).

A la fin du questionnaire,  il est important de poser quelques questions sur la personne interrogée (sexe, âge, métier [ou ceux des parents], …). Ces dernières questions seront très utiles dans l’analyse des réponses.

Enfin, n’oubliez pas de remercier la personne qui a pris le temps de vous répondre, et de lui  rappeler  l’objectif du questionnaire.

b. Mettre le questionnaire en ligne

Une fois les questions rédigées, il reste à les mettre sur internet, c’est le moyen le plus facile de collecter et d’analyser les réponses. Pour cela, l’outil Google Forms est le plus approprié. Un guide d’utilisation réalisé par les étudiants de l’Ensai est disponible ici .

4. Analyse

Google Forms permet de créer le questionnaire (guide d’utilisation) et fournit déjà une large analyse des réponses à l’aide de graphiques.

Cependant, cette analyse est incomplète car elle ne permet pas d’obtenir des croisements dans les réponses. C’est à dire qu’on ne peut pas obtenir des graphiques pour les réponses concernant les dernières questions : l’âge, le sexe ou encore le métier par exemple.

Pour cela, les étudiants ont fourni un fichier Excel.

5. Présentation des données

Cette partie sera complétée plus tard avec des exemples de nos analyses sur les violences ordinaires.

 

Réaliser une enquête avec Google Forms