Le mot des parrains


Adrien Nantel, juriste.

« Liberté où te caches tu ? Voilà une entrée remarquable pour faire naître une nouvelle revue dans un monde médiatique saturé de lectures inutiles; car cette question raisonne dans le coeurs et l’esprit des amoureux de la liberté. Derrière cette question, une évidence : Il ne suffit pas de prononcer le mot pour le faire exister. Même si le mot « liberté » se trouve gravé sur le fronton de nos écoles, dans la devise de la République française, il reste opportun que des collégiens, futurs citoyens, s’interrogent sur le sens du mot pour en appréhender sa réalité quotidienne.
En effet, « liberté » renvoie aussi bien à un sentiment (se sentir libre) qu’à une notion juridique (comment protéger la liberté des uns face à la force des autres). »[…]

 


Geneviève Letourneux, élue de la ville de Rennes, déléguée aux droits des Femmes et à l’Égalité, vice-présidente de Rennes Métropole.

L’égalité c’est la conviction, qu’au-delà de nos différences, nous partageons avec autrui notre condition d’humain. Notre humanité est contenue en nous même mais aussi dans la manière dont nous regardons l’autre. L’égalité est politique car elle traite des relations entre les personnes, elle passe par la reconnaissance d’une égale dignité. L’égalité ne signifie pas être identique, pour construire de l’égalité nous devons reconnaître la singularité de chacun, apprivoiser nos différences, l’égalité est un pont qui relie nos humanités. Les inégalités ne s’assimilent pas aux différences il y a inégalité lorsque les différences sont hiérarchisées en valeur et utilisées pour dominer et réduire l’autre.[…]

 


Mathieu Foulot, auteur de l’essai « Le complot Charlie ».

Est-ce que chacun est porteur d’une vérité personnelle que l’on ne pourrait discuter au motif que toutes les opinions se valent ? Si cette position semble faire état d’une grande tolérance de principe, elle risque de nous conduire à une situation où toutes les paroles seraient considérées comme égales en raison de leur droit à être dites. Or, si la liberté d’expression est considérée comme une valeur fondamentale de nos démocraties, ne doit-on pas opérer une distinction entre les différentes informations que l’on peut recevoir ?
On sait tous que la loi protège les citoyens contre les injures et les diffamations mais elle ne s’occupe pas de la validité des autres propos. Ainsi, s’il nous semble naturel d’émettre quelques doutes lorsqu’un individu nous affirme que la Terre est plate, c’est bien au nom de certaines connaissances que nous considérons comme vraies. C’est sur ce point que se joue toute la différence entre les opinions, qui n’exigent pas d’être valables universellement et les jugements de connaissance qui se veulent objectifs.[…]


François André, député à l’Assemblé Nationale et élu du Conseil Départemental d’Ille-et-Vilaine.

Tous les conflits auxquels je peux être confronté ne sont pas nécessairement violents, heureusement. Quand on doit assumer l’autorité de l’État, légitime car elle découle de la volonté du peuple par le biais des élections, il faut savoir distinguer les conflits, qui peuvent utilement révéler un dysfonctionnement, et les affrontements susceptibles de dégénérer en violence. On peut avoir des intérêts divergents sans pour autant commettre d’acte hostile ou agressif. Malgré tout, lorsque la situation dégénère en violence ouverte, l’État, par l’intermédiaire de la police, doit garantir la sécurité collective et limiter les dégradations de l’espace public en utilisant la force de façon mesurée. Une fois que la démocratie s’est exercée et que les procédures juridiques ont été validées, l’intérêt de quelques uns ne doit pas entraver l’intérêt général.[…]


Lillian Thuram, ancien footballeur professionnel, membre du Haut Conseil à l’Intégration, parrain de l’association antiracisme « Devoir de Mémoires » et ambassadeur de l’UNICEF.

La définition proposée par le sociologue français Albert Memmi, que nous avions étudiée avant la visite de Lilian, avait suscité beaucoup d’échanges : «Le racisme est la valorisation, généralisée et définitive, de différences réelles ou imaginaires, au profit de l’accusateur et au détriment de sa victime, afin de justifier une agression ou un privilège.» (Albert Memmi, Le racisme, Gallimard, 1982). Le racisme se baserait sur une fausse excuse biologique qui servait, au XIXe siècle à justifier le colonialisme, comme on l’explique en histoire. Il intervient donc dans une logique de domination qui rejette les valeurs d’égalité que notre République veut défendre. Bien que cette notion soit très ancienne et fasse l’objet de nombreux combats pour la rejeter, on dénombre au fil des ans une hausse des actes racistes, qu’il s’agisse de violences physiques ou verbales.[…]


Marie-José Chombart de Lauwe, ancienne résistante, sociologue, grand-officier et grand-croix de la Légion d’honneur.

Après une terrible et sanglante première Guerre mondiale se développent des conceptions hostiles aux principes de la République française et aux Droits de l’Homme. Dès 1926, Mussolini déclare que le fascisme « représente l’antithèse des immortels principes de 1789 ». Dès le début du nazisme, Hitler à Munich déclare en 1932 : « Il ne s’agit pas de supprimer l’inégalité parmi les hommes, mais, au contraire, de l’approfondir, d’en faire une loi, par des barrières infranchissables. (…) je ne consentirai jamais à d’autres peuples les mêmes droits qu’au peuple allemand. Il est de notre devoir de soumettre les autres peuples. Le peuple allemand est élu pour devenir la nouvelle classe des seigneurs dans le monde. (…) Plus bas, il y aura cependant encore la classe soumise des races étrangères, nommons la tranquillement la classe moderne des esclaves».[…]


Edwy Plenel, journaliste politique, ancien directeur de la rédaction du quotidien Le Monde et cofondateur du site d’information Mediapart.

Parce que l’information libre et pluraliste est la condition d’une démocratie vivante, les citoyens doivent inviter ceux qui font métier d’informer à être à la hauteur de leur responsabilité sociale. Car, de ce qu’ils écrivent, disent, racontent ou montrent dépendront l’image que nous aurons de notre société, la profondeur des idées que nous échangerons, la vitalité de nos discussions collectives, la richesse de ce que nous partagerons. S’ils taisent la vérité, l’étouffent ou la déforment, s’ils alimentent les rejets et les préjugés, s’ils nourrissent les haines et les peurs, ils seront coresponsables des désastres dans lesquels nous sombrerons et comptables des catastrophes qui nous emporteront. Plutôt que de subir le journalisme, il nous faut donc le contraindre, par notre vigilance, à retrouver l’idéal originel qui en fait une profession essentielle pour la démocratie tant le droit de savoir y est aussi important que le droit de vote. Le droit de savoir[…]


Nathalie Apperé, Maire de la ville de Rennes et ancienne députée d’Ille-et-Vilaine.

Participer à la construction de la ville, à son évolution, c’est faire de la politique – au sens premier du terme – puisque c’est vraiment organiser la vie de la cité. Mais je suis convaincue que cela ne peut pas se faire sans les citoyens. Entre les rendez-vous de la démocratie  représentative, c’est-à-dire les élections, il faut inventer de nouvelles formes de démocratie locale, pour retisser les liens entre les élus, la ville et ses habitants. À Rennes, notre projet citoyen consiste à faire le pari de l’intelligence collective, d’une fabrique nouvelle de la ville, c’est ce que nous avons justement appelé la fabrique citoyenne. L’année dernière nous avons lancé le budget participatif : 3,5 millions d’euros par an consacrés à des projets  imaginés et choisis par les Rennais, 18 millions jusqu’à la fin du mandat, ça n’est pas rien.[…]


Najat Vallaud-Belkacem, ancienne  Ministre de l’Education Nationale et de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.

La bienveillance est l’une des qualités humaines que je place très haut dans l’échelle des valeurs collectives et des vertus individuelles qui nous permettent de vivre ensemble en société. Ce n’est pas seulement une  disposition psychologique, une attitude personnelle, aussi précieuse soit-elle, mais un véritable principe social, moral et politique qui se confond avec cette valeur républicaine trop souvent oubliée, négligée ou méprisée, la fraternité. Je ne saurais donc dire à quel point je suis heureuse  d’être la marraine de ce numéro de MediaParks. Au même titre que la liberté, l’égalité, la laïcité, la bienveillance se doit, en effet, d’être au coeur de l’école de la République, au coeur de son ambition et de son avenir : c’est une condition essentielle pour la réussite des élèves, mais aussi pour la confiance entre l’école et les familles, et la société tout entière. L’école, en effet, est un lieu  profondément humain et vivant qui, avant d’être un « système », est d’abord une communauté de femmes et d’hommes engagés pour la réussite, le bien-être et l’épanouissement des élèves.[…]


Jean-Yves Le Drian, Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, ancien Président du Conseil Régional de Bretagne.

C’est avec un grand plaisir que j’ai accepté de parrainer le nouveau numéro de votre revue Mediaparks. Déjà soutenu par le Conseil départemental d’Ille-et-Vilaine et Rennes Métropole, il ne manquait plus que la Région Bretagne, et c’est donc chose faite ! Le thème du numéro est par ailleurs très stimulant intellectuellement car, bien entendu il fait écho à ce que la Bretagne a de plus profond dans son ADN. Ce qui fait son identité et sa force. En effet, si il est bien une région qui œuvre pour faire reconnaître le pouvoir régional, c’est la Bretagne qui a toujours su expérimenter de nouvelles formes de décentralisation. Il n’est pas tant question de pouvoir ou contre pouvoir, il est surtout nécessaire parfois de reconnaître les différences pour oser la différence. C’est ce que nous avons fait sur des sujets comme la culture, l’eau, demain l’emploi. Cet appétit d’expérimentation d’une organisation locale différente s’inscrit dans l’histoire de la Bretagne et je l’espère sera poursuivie par les futures générations que vous représentez.[…]


Laurence Rossignol, ancienne Ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des Femmes.

Peut-on parler de famille au singulier ? Les familles sont multiples et le ministère des Familles, de l’Enfance et des droits des femmes est là pour les accompagner dans leur diversité. C’est le sens d’une politique familiale moderne. Depuis les années 1970, les familles ont beaucoup évolué. Ces évolutions sont dues notamment à la recherche d’une plus grande égalité entre les femmes et les hommes au sein des familles, dans le monde du travail et dans la société. Plus de place est laissée aujourd’hui à l’épanouissement individuel, ce qui conduit à mieux accepter les choix personnels. Il est fréquent que des parents créent plusieurs familles au cours d’une vie. Il n’y a pas un seul modèle familial et le ministère des Familles est là pour toutes les accompagner : familles dites traditionnelles, familles monoparentales, recomposées, homoparentales. Ainsi, trois enfants sur dix ne vivent pas avec leurs deux parents. Les familles restent les premiers lieux où grandissent les enfants, des lieux essentiels de transmission. La convention des droits de l’enfant de l’ONU adoptée en 1989 reconnaît le droit de vivre en famille, pour rattacher la personne à une histoire et lui offrir une véritable protection.[…]


Xavier Emanuelli, cofondateur de médecins sans frontières, fondateur du SAMU Social.

S’il existe un substantif consensuel c’est bien celui qui recouvre le concept de santé. Mais pour le monde sanitaire, le monde social, économique ou politique il ne signifie pas la même chose et même il désigne parfois des objets  totalement opposés et antinomiques. Si l’on se réfère aux définitions classiques que l’on offre à tout étudiant qu’il soit infirmier, médecin, aide-soignant ou apprenti journaliste, on comprend que la santé est un état de complet bien-être non seulement physique, psychique et social mais ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. On comprend la satisfaction et l’euphorie d’un bonheur accompli – physique – mais sans le moindre tourment psychique mais également et surtout dans l’épanouissement social d’une position qui génère le bonheur et la légèreté de vivre.[…]