Numéro 2017

 

En 2009, Dominique Wolton, spécialiste des médias et auteur de l’ouvrage informer n’est pas communiquer (CNRS Édition, 2009), écrivait déjà : « Communiquer, c’est autant partager ce que l’on a en commun que gérer les différences qui nous séparent. C’est pourquoi la communication devient une des grandes questions de la paix et de la guerre de demain. » Cette analyse, loin d’être une sentence, est pourtant d’actualité tant notre quotidien, récemment encore, peut être ponctué de « violences », « d’attentats », de « radicalisation » et de « complots ». Sommes-nous en état de guerre ? Certains le disent, certains le croient, certains le nient. Le choix des langages semble avoir pris un sens particulier en ce temps de communication. Les mots, on le sait, sont vecteurs d’émotions, d’intellectualisations, en tout cas de représentations et de compréhensions d’un monde et d’une époque. Ces mêmes mots servent à exprimer des opinions, partager des idées, transmettre des messages. C’est dans cette dernière expression que réside l’intérêt de ce premier atelier de l’info-com qui s’est tenu au collège Rosa Parks de Rennes le 8 février 2017, donnant lieu à la publication de ce cahier spécial de la revue Mediaparks à partir des écrits des participants.

« Informer n’est pas communiquer » : pour Dominique Wolton, cela signifiait pour la plupart d’entre nous que l’information est sérieuse et que la communication ne l’est pas. Loin de reprendre cet énoncé et de l’adapter aux goûts du jour, ces participants de cet atelier de l’info-com, qu’ils soient élèves, enseignants, universitaires, journalistes ou professionnels de la communication, ont choisi de nourrir de nouvelles perspectives, d’identifier des causalités, de déterminer des impacts, de redéfinir la problématique qui lie information et communication dans une dynamique complémentaire.

Qui informe et qui communique ? Internautes, financiers, journalistes, militants, personnalités de la politique, des arts ou du « show business », chacun défend sa liberté d’expression, son droit à la communication en y accordant un sens personnel. Malgré cette diversité de producteurs, c’est souvent le manque de diversité d’une information devenue standardisée qui est critiquée. Car dans leur course au scoop, au buzz, les médias renforcent les stéréotypes au détriment de l’analyse et du contexte, pourtant essentiels pour que l’actualité du monde prenne sens. La quête de l’audimat remplace alors la profondeur sociologique, historique ou géopolitique et le public se retrouve en situation de voir la mondialisation médiatique sans être outillé pour la comprendre. De ce fait découle le danger d’estimer que s’il y a de l’information superficielle, c’est qu’on nous cache l’essentiel. Dans l’idéologie ambiante de la transparence, décrédibilisée par les affaires politiques, l’envie douteuse, le désir suspicieux de rumeur et de complot peut jaillir d’une minorité et contaminer l’opinion publique en entrant dans le jeu des médias. Alors, ce petit monde des informateurs et des informés continue de tourner en rond, en « erreur de redondance cyclique » comme un disque dur d’ordinateur abîmé.

Heureusement, il n’y a pas de fatalité, car de l’analyse concertée, du décryptage des phénomènes et de l’éducation aux médias peut naître une réflexion à même de déconstruire les aberrations médiatiques actuelles. C’est avec cet espoir commun que durant cet atelier des médias, jeunes et adultes sur un pied d’égalité ont voulu agir pour l’intérêt collectif. Gageons que leur démarche salutaire se répandra et que des masses citoyennes naîtra un jour le ressort d’une société éclairée. On peut être optimiste tant leurs écrits, offerts en partage à votre lecture critique, sont un premier pas sur le chemin d’une autre culture des médias. Remercions-les donc pour leur saine initiative.