Mon dieu, j’ai toussé !

Mon Dieu, j'ai toussé
Mon Dieu, j'ai toussé
[Par Guillaume Bellan]


Mon dieu, j'ai toussé

Rennes, 8h22, station métro Saint-Anne. Je mets du gel hydroalcoolique et passe ma carte. En bas, les portes de la rame sont encore ouvertes, je descends les marches de l’escalier quatre à quatre. L’alarme de fermeture sonne, mais je franchis in extremis les portes. De la buée sur les lunettes à cause du masque, j’étouffe presque, l’empressement me fait avaler de travers… Et là, une furieuse envie de tousser me prend. À peine ai-je le temps de mettre mon coude devant ma bouche que je tousse. Le temps déjà ralenti s’arrête. Les gens me regardent. « Mon dieu, j’ai toussé ! » Je scrute le regard de mon entourage et ne sais où me mettre, je ne suis pourtant pas malade ! Alors que les laboratoires font salle comble afin d’analyser les tests Covid par milliers, ralentissant le délai de confirmation, je viens d’avoir le résultat en 2 secondes : préjugé positif… Quelle aberrante efficacité ! 

On retrouve cette mécanique sociale partout. N’a-t-on jamais regardé un voisin avec un œil suspicieux lorsque celui-ci n’a pas respecté un geste barrière, alors qu’à notre tour, on retire notre masque sans précaution avec les mains ? Ici, deux faits se croisent : d’un côté il y a le coronavirus qui circule, de l’autre, il arrive que des personnes toussent. Ces deux phénomènes sont-ils absolument interdépendants ? Non, corrélation ne veut pas dire causalité. Deux effets connectés ne s’établissent pas forcément dans un lien indéfectible de cause et de conséquence. On retrouve cette confusion ailleurs : dans les superstitions, les croyances, les proverbes sur la météo, même dans les analyses statistiques. On parle parfois d’ « effet cigogne » : s’il y a beaucoup de nids de cigognes, c’est qu’il y aura certainement beaucoup de naissances ! Un exemple : il y a de moins en moins de pirates, et il y a un réchauffement climatique manifeste. Donc, selon cette logique, le réchauffement climatique induirait une baisse du nombre de pirates ! Ah… délicieuse dialectique.

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