Va manger du iench !

va manger du iench
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[Par Sonny Carrio]


Va manger du iench !

Il y a deux ans, Sonny était élève  au collège Rosa Parks. Nous avons retrouvé son texte, non publié, dans nos archives…

Je suis un adolescent comme les autres, alors quel est le problème ? Pour certains, le problème est que je suis d’origine asiatique. Je me souviens, en primaire je mangeais le midi à la maison, mais je n’en parlais pas à l’école. Car je savais qu’il y aurait  forcément quelqu’un qui allait dire que j’allais manger du chien car il paraît que les « Chinois » (donc tous les Asiatiques bien entendu) mangent du « iench » (chien). Malheureusement les gens ne réfléchissent pas toujours avant de parler. Certains disaient aussi que mon père m’avait appelé Sonny, car il n’avait pas de nom en tête pour moi et qu’il s’était inspiré de son téléphone portable, que les autres membres de ma famille s’appelaient Samsung, Apple, Nokia… bref des blagues très subtiles, qui font toujours rire.  Mais tout ce à quoi je pensais, je ne le disais pas. Je gardais cette colère en moi.

Un jour, en français je suis passé au tableau. Nous devions tirer au hasard une étiquette où était écrit un verbe à l’infinitif avec un temps verbal à conjuguer. Mais au même moment la professeure a fait tomber son téléphone. Elle l’a ramassé et a dit avec soulagement : « Ils sont forts ces Chinois ». Quand elle a prononcé ces mots, j’avoue, je l’ai pris pour moi. Comme si elle l’avait dit de façon ironique. En fait je me faisais tellement insulter sur mes origines que j’en avais pris l’habitude, et au fur et à mesure je devenais de plus en plus susceptible. Après avoir entendu ces paroles, mes émotions ont débordé. J’étais tellement énervé que j’en ai versé des larmes. Pas des larmes de tristesse, mais des larmes de colère, des larmes envers ces gens faisant rire leurs amis autour d’eux en me faisant subir des propos racistes sans savoir la douleur qu’ils m’infligeaient.  Et ce jour-là, tout ce à quoi je pensais depuis si longtemps, j’ai décidé de le dire, de ne plus garder cette colère en moi, de la faire jaillir pour ne plus qu’elle m’étouffe.

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